Affaire Kohler accusée mais gardée à l’Elysée

Par Arthur Berda

Publié il y a 4 heures, mis à jour il y a 38 minutes

INFO LE FIGARO – Le bras droit du chef de l’Etat fait l’objet d’une information judiciaire depuis juin 2020 concernant ses liens avec l’armateur italo-suisse MSC.

Plus Alexis Kohler apparaît juridiquement faible, plus il apparaît politiquement renforcé. Le théorème a été vérifié à nouveau lundi. Accusé depuis le 23 septembre de “prise illégale d’intérêts” dans l’enquête sur ses liens avec l’armateur MSC, le secrétaire général de l’Elisi a été, selon nos informations, immédiatement confirmé dans ses fonctions à la coupole d’Etat.

“Il nie catégoriquement avoir commis un quelconque crime”, ont déclaré ses avocats dans un communiqué, affirmant “l’innocence” de leur client. Qu’il a également été placé dans la condition (plus favorable) de témoin assisté par “trafic d’influences”, toujours dans ce même dossier.

Une douzaine de personnes ont entendu

Homme de l’ombre au service d’Emmanuel Macron depuis 2014, le bras droit inébranlable du président l’a vu régulièrement se lever publiquement pour le défendre. Au risque, pour le chef de l’Etat, de s’exposer à un procès violant la séparation des pouvoirs. C’était déjà le cas en 2018, lorsqu’il avait cru bon de louer, en marge d’un voyage au Canada, la “probité exemplaire” de son principal collaborateur. Ce fut encore le cas en 2020, lorsqu’il signa une lettre de sa propre main pour le disculper de toute ingérence illicite durant ses années à Bercy. Ce fut finalement le cas lundi, lorsqu’il a choisi de le maintenir en fonction malgré ce nouveau rebondissement.

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“Une insulte à la justice”, a aussitôt critiqué le chef des députés LR, Olivier Marleix, sur Twitter. “Pris par la patrouille (…), (il) va devoir affronter sa peur : rendre des comptes”, a ajouté son homologue de l’Insoumise, Mathilde Panot, une fois que ce n’est pas coutumier. C’est une maigre consolation, cette mise en examen pour sollicitation illégale d’intérêts, avec cette condition de témoin assisté de trafic d’influence dans la même affaire, permettra au haut fonctionnaire et à ses avocats d’accéder à l’intégralité du dossier.

L’affaire traîne sur les étagères de la justice depuis le 4 juin 2018, date à laquelle le parquet national financier (PNF) a ouvert une première enquête préliminaire sur les responsables de la collecte illégale d’intérêts, suite aux révélations de Mediapart. Le plus proche conseiller d’Emmanuel Macron aurait profité de ses fonctions publiques au sein de l’Agence des participations de l’État et au cabinet du ministre de l’Économie et des Finances pour favoriser la Compagnie maritime de la Méditerranée (MSC), fondée et dirigée par sa mère cousine, la famille Aponte. Basé à Genève, MSC – l’un des plus grands transporteurs de conteneurs au monde – est un client majeur de STX France, désormais rebaptisé Chantiers de l’Atlantique, qui exploite les chantiers navals de Saint-Nazaire.

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Lors de l’enquête préliminaire, une dizaine de personnes ont été entendues par la brigade de répression de la délinquance économique (BRDE), dont Alexis Kohler. Ces investigations avaient conduit à la rédaction de deux rapports de police successifs contradictoires.

Pourtant, après un an d’enquête, le PNF conclut à un classement sans suite, le 21 août 2019, estimant que l’analyse des éléments recueillis ne permet pas de caractériser les crimes allégués. Anticor dépose quelques mois plus tard, en juin 2020, une plainte au civil auprès du doyen des juges d’instruction de Paris. C’est cette plainte qui, sur deux ans et sur la base de l’enquête préliminaire du PNF, a prospéré.

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