« Plafond dynamique », « Indice TTF » : tout comprendre sur les nouvelles mesures énergétiques de la Commission européenne

« Top dynamique », « indice TTF » : avez-vous compris quelque chose aux propositions de la Commission européenne pour limiter la volatilité des prix du gaz ? On vous l’explique.

le but

L’Union européenne fait tout son possible pour atténuer la hausse des coûts de l’énergie. Des mesures ont déjà été prises en amont. La Commission européenne a présenté mardi un nouveau paquet de mesures, qui sera examiné jeudi et vendredi lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, puis mardi 25 octobre par les ministres de l’Energie.

Il ne s’agit donc à ce stade que de propositions : il n’y a toujours pas d’accord entre les États membres, et les modalités précises ne sont pas encore déterminées.

Indice TTF, indice GNL

Le prix du gaz est basé sur l’indice TTF, l’indice du gaz établi sur la principale bourse européenne du gaz, aux Pays-Bas (les Pays-Bas sont un important fournisseur de gaz). C’est donc cet indice qui sert de référence lors des transactions entre opérateurs gaziers européens.

Le problème est que cet indice a été conçu pour un marché dominé par le gaz transporté par gazoduc, à l’état gazeux. Cependant, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL), sous forme liquide, ont continué d’augmenter (c’est un des moyens pour l’UE de diversifier ses routes d’approvisionnement, de réduire sa dépendance vis-à-vis des importations de gaz russe).

La Commission européenne propose donc d’établir un nouvel indice des transactions de gaz naturel liquéfié, un nouveau prix de référence qui complète l’indice TTF, trop volatil, et qui permet « d’avoir des prix stables et prévisibles pour les transactions de GNL ». “.

Ce nouvel indice devrait être développé en mars 2023.

Plafond “dynamique”.

En attendant, Bruxelles propose la mise en place d’un mécanisme de limitation des prix qui serait activé si nécessaire, temporairement : un “plafond dynamique”. (Rappelons que 15 États européens, dont la France et la Belgique, réclament un mécanisme de plafonnement des prix du gaz importé en Europe, mais l’Allemagne, l’Autriche ou la Hongrie sont contre. Le plafonnement des prix du gaz a également été mentionné utilisé pour produire de l’électricité, c’est donc ce la Commission européenne sort son chapeau pour essayer de contenter tout le monde.)

Au lieu d’un prix maximum fixe, le prix maximum serait “dynamique” – il évoluerait en fonction du marché.

“On ne peut pas avoir d’impact sur le prix du marché”, explique Bertrand Candelon, professeur de finance internationale à l’UCLouvain. « Le prix du marché résulte de l’offre et de la demande. Donc limiter, c’est fixer un prix en dessous du prix du marché. Si on fait ça, soit les États doivent payer la différence, soit les producteurs ne fourniront pas autant que le prix du marché. Donc si on limite, on risque d’avoir une pénurie. Le gaz ne sera pas cher mais on n’en aura pas plus…”

La question est alors de savoir comment faire baisser les prix, sans courir le risque de pénurie. D’où l’idée du plafond dynamique : “On va ajuster le plafond en fonction des prix du marché.” Le plafond est ajustable afin que la différence entre le prix maximum et le prix du marché ne soit pas trop importante.

Nous ajusterons le plafond en fonction des prix du marché

“Ce mécanisme de correction des prix fixerait donc temporairement une limite de prix dynamique pour les transactions sur la TTF. Aucune transaction ne serait autorisée à un prix supérieur à la limite dynamique sur la TTF, ce qui empêcherait une volatilité extrême et une tarification excessive”, défendent les Européens. commission

Ce qui laisse sceptique Samuele Furfari, professeur de géopolitique énergétique à l’Université libre de Bruxelles : « Concrètement, je ne vois pas comment on peut faire. Si une entreprise allemande achète du gaz à une entreprise qatarie, c’est l’entreprise qatarie qui établira le prix. Comment la Commission européenne peut-elle intervenir dans un contrat ? Ce sont des contrats entre particuliers, ce ne sont pas les Etats qui achètent !

Spéculations

Pour Bertrand Candelon, le mécanisme proposé (top dynamique) pourrait également freiner les mouvements spéculatifs qui affectent la TTF, et qui contribuent à la volatilité des prix. “Il y a ce qu’on appelle la financiarisation des matières premières. Je peux acheter du gaz sur le marché à terme et le revendre sur l’ordinateur sans voir la couleur. Si je pense que le prix du gaz va augmenter, je l’achète trois mois au prix d’aujourd’hui.” Si ça monte, je le revends à trois mois moins un jour, donc je n’ai jamais l’essence ‘sous la main’ et j’empoche la différence.”

Si vous pensez que les prix vont augmenter, il y aura beaucoup de demande au début et les prix vont augmenter, c’est une prophétie auto-réalisatrice. “La simple annonce de mesures de limitation des prix peut entraîner une spirale inverse : les acteurs vont anticiper une baisse, ça va casser la bulle spéculative”, ajoute l’économiste.

Mais la Commission européenne propose également un mécanisme spécifique pour le marché des produits dérivés, où s’échangent les produits financiers liés au gaz : une fourchette temporaire afin de limiter les fortes fluctuations de prix intrajournalières.

Achats groupés

La Commission européenne veut concrétiser les achats groupés de gaz sur l’ensemble des 27. Elle a déjà tenté d’encourager ces achats collectifs, mais les Etats continuent de négocier seuls.

Elle propose de faire appel à un prestataire qui agrège les demandes et recherche les prestataires pouvant répondre à la demande. “Les entreprises pourraient former un consortium européen d’achat de gaz, conformément aux règles de concurrence de l’UE”, précise la Commission.

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