Orange with Media Services, publié le dimanche 02 octobre 2022 à 07h00
Le Long Covid se manifeste par des symptômes comme la fatigue chronique, l’essoufflement ou encore le brouillard cérébral, plusieurs mois après une infection au Covid-19, de nombreuses équipes travaillent à travers le monde pour en comprendre les causes.
Le “long covid” reste un mystère pour la recherche, même si plusieurs hypothèses sont sur la table pour l’expliquer. Ce phénomène a touché, dans les années 2020 et 2021, 145 millions de personnes dans le monde, selon l’Institute for Health Metrics and Evaluation, basé aux États-Unis.
Les Européens sont “au moins 17 millions” touchés, selon une récente estimation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cela représenterait entre 10 et 20 % des personnes ayant été infectées par le virus.
Fatigue, toux, essoufflement, fièvre intermittente, perte de goût ou d’odorat, difficultés de concentration, dépression… le long Covid se manifeste par un ou plusieurs symptômes parmi une longue liste, généralement dans les trois mois après l’infection et persistant pendant au moins moins deux mois. Le syndrome touche deux fois plus de femmes que d’hommes. “Il n’y a pas de symptômes vraiment spécifiques du Covid long, mais ils ont tout de même certaines caractéristiques : ils fluctuent avec une fatigue qui reste en retrait, ils semblent s’aggraver après un effort intellectuel ou physique, et ils se raréfient avec le temps.” résume Olivier. Robineau, infectiologue au centre hospitalier de Tourcoing et coordinateur Covid longue durée à l’Agence nationale des maladies infectieuses émergentes.
De nombreuses équipes travaillent à travers le monde pour comprendre les causes de ces symptômes. En France, par exemple, l’Hôtel-Dieu (AP-HP), l’Université de Paris et l’Inserm ont lancé fin 2020 une longue étude Covid au sein de la cohorte « ComPaRe » : « 2 500 patients sont suivis très régulièrement, ce qui devrait permettent de comprendre les variations des manifestations de la maladie dans le temps », explique le Dr Viet-Thi Tran, co-investigateur de la cohorte. Mais la variabilité des symptômes et leur caractère non spécifique rendent la recherche difficile. Jusqu’à présent, les scientifiques étudient plusieurs hypothèses.
Plusieurs hypothèses
L’un d’eux est la persistance du virus dans l’organisme chez certains individus. Ainsi, début septembre, une étude publiée dans “Clinical Infectious Diseases” concluait que la protéine Spike (la clé qui a permis au SRAS-Cov 2 d’entrer dans les cellules, ndlr) était présente chez des patients atteints depuis longtemps de covid Cela suggère une réplication virale ou la persistance de restes viraux longtemps après l’infection initiale. Un virus vivant ou des restes de virus pourraient maintenir une activité inflammatoire, peut-être à l’origine des symptômes. Cependant, ces résultats ne sont pas trouvés par d’autres équipes.
Il existe d’autres moyens. Le virus aurait disparu après l’infection mais l’inflammation initiale, une fois déclenchée, aurait provoqué un dérèglement du système immunitaire. L’hypothèse dite des « lésions tissulaires » évoque le rôle de l’épisode infectieux initial dans l’apparition de lésions durables de certains organes. Des études ont montré encore plus de dommages aux vaisseaux sanguins à la suite d’une infection.
Une cure à l’Hôtel-Dieu
“Pour chacune de ces hypothèses, les données ne sont toujours pas très solides”, assure Olivier Robineau, pariant qu'”on ne trouvera pas une cause unique pour expliquer le long Covid”. “Les causes peuvent ne pas être exclusives, elles peuvent être associées, voire survenir chez le même individu et être différentes chez différents individus”, précise-t-il. Difficile donc de trouver une solution pour ces longs malades du Covid.
A l’Hôtel-Dieu de Paris, un protocole appelé “CASPER” propose depuis un an aux patients une prise en charge à la demi-journée : “Ils rencontrent un infectiologue ou un interniste, un psychiatre puis un médecin spécialiste du sport rééducation”, explique le professeur Brigitte Ranque, spécialiste en médecine interne, à l’origine de ce circuit. “Dans l’expérience de l’équipe, la plupart des symptômes peuvent être attribués à des ‘troubles somatiques fonctionnels’ (les symptômes résultent d’un déséquilibre dans le fonctionnement du système nerveux central, ndlr). Le comportement s’associe souvent à une activité physique encadrée”. “Les patients sont appelés trois mois plus tard : la plupart vont mieux, plus de la moitié se disent guéris”, explique le professeur Ranque. “Mais environ 15% ne s’améliorent pas du tout”, admet-il.