Cette ordonnance a été rendue par un juge d’instruction de Valenciennes pour “se soustraire à l’exécution d’une décision d’expulsion”.
Parti à l’étranger, peut-être en Belgique, l’imam marocain Hassan Iquioussen, sous le coup d’un arrêté d’expulsion signé par Gérald Darmanin, fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt européen, dont son avocat nie la légalité. Ce mandat d’arrêt a été délivré par un juge d’instruction de Valenciennes (Nord) pour “se soustraire à l’exécution d’une décision d’expulsion”, ont indiqué vendredi 2 septembre des sources proches du dossier.
Le prédicateur, mis en cause pour des propos jugés contraires aux valeurs de la République, était resté mardi introuvable par la police à son domicile de Lourches, près de Valenciennes, après la validation de son arrêté d’expulsion par le Conseil d’Etat.
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Le lendemain, le préfet du Nord avait expliqué, lors d’une conférence de presse, qu’il avait repris le parquet, et qualifié l’imam de “criminel” puisqu’il “avait échappé à un arrêté d’expulsion”. Contacté par l’AFP, le parquet de Valenciennes n’a pas répondu.
“Ce mandat d’arrêt européen nous surprend car, s’il existe, il reposerait sur un crime que nous estimons non constitué”, étant donné qu’Hassan Iquioussen “a quitté le territoire français”, a réagi auprès de l’AFP son avocate, Me Lucie Simon. “Pourquoi le chercher ? Pourquoi veux-tu le ramener ?”, se demanda-t-il.
“mou, tendre”
Selon des sources proches du dossier, si Hassan Iquioussen était réellement resté en France, le motif du mandat d’arrêt aurait été justifié. Mais le ministre de l’Intérieur a depuis affirmé que l’imam était “évidemment en Belgique”. En l’espèce, selon ces mêmes sources, on considère que Hassan Iquioussen a exécuté lui-même la mesure d’expulsion, car les conditions d’expulsion ne sont pas fixées dans un arrêté d’expulsion.
Jeudi soir, les autorités belges n’avaient pas connaissance de l’émission d’un mandat d’arrêt européen. Une porte-parole du ministère belge de la Justice a déclaré à l’AFP que Hassan Iquioussen ne figurait pas dans les fichiers de la police comme recherché en Belgique.
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“C’est juridiquement compliqué”, a reconnu à l’AFP une source proche du dossier, une autre qui a fait valoir qu’il “faudrait faire preuve d’acrobaties judiciaires pour engager une action en justice contre quelqu’un sous le coup d’une mesure administrative”. “Le ministère de l’Intérieur n’est pas dans une situation juridique dans cette affaire”, mais “dans un spectacle politique”, a précisé Me Simon.
Il dénonce “une volonté politique de faire une rumeur, de le renvoyer au Maroc sous le regard des caméras”. “Ça n’a pas d’autre logique que celle, morbide, de l’humiliation.”
“grotesque”
Le Conseil d’État avait donné son feu vert ce mardi à l’expulsion de M. Iquioussen, né en France il y a 58 ans mais de nationalité marocaine, dont Gérald Darmanin avait fait ces dernières semaines un symbole de la lutte du gouvernement contre les « discours séparatistes ». “. Le ministre de l’Intérieur a annoncé le 28 juillet l’expulsion de ce prédicateur du Nord, dans le dossier S (sécurité de l’Etat) par la DGSI “pour dix-huit mois”, selon lui.
L’arrêté d’expulsion lui reproche “un discours de prosélytisme entrecoupé de propos incitant à la haine et à la discrimination et qui porte une vision de l’islam contraire aux valeurs de la République”. Sa chaîne YouTube est suivie par 178 000 abonnés. Pour compliquer encore ce gâchis juridique, le Maroc a annoncé mardi, suite à la décision du Conseil d’État, suspendre le « laissez-passer consulaire » délivré début août pour permettre l’expulsion de l’imam vers son territoire.
“On commence à chercher quelqu’un qui a demandé lui-même l’arrêté d’expulsion pour le renvoyer dans un pays qui lui a retiré sa carte”, a déclaré à l’AFP le député LFI Nord David Guiraud, qui dénonce une telenovela “grotesque”. « Si l’imam Iquioussen est détenu en Europe et que le Maroc ne veut plus le renvoyer, où va-t-il ? C’est quoi la suite de l’histoire ?”, a pour sa part réagi le député du RN del Nord, Sébastien Chenu, interrogé par l’AFP. “J’aimerais que nos brillants avocats et notre ministre de l’Intérieur nous disent ce qu’ils ont en tête.”
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