Europride : à Belgrade, des milliers de militants LGBTQ+ défilent malgré l’interdiction

Marche Europride, à Belgrade, le 17 septembre 2022. ANDREJ ISAKOVIC / AFP

Ils avaient prévenu qu’ils contesteraient l’interdiction. Des milliers de membres de la communauté LGBTQ+ ont défilé à Belgrade samedi 17 septembre, sous haute protection policière, malgré l’annulation de la marche Europride par les autorités.

Le défilé lui-même, censé être le point culminant de cet événement paneuropéen qui se déroule chaque année dans une ville différente, s’est déroulé sans incident notable. Mais selon les médias locaux, les affrontements ont opposé la police aux contre-manifestants.

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La Première ministre serbe Ana Brnabic, ouvertement lesbienne, a annoncé que 64 personnes avaient été arrêtées et 10 policiers blessés samedi, tout en soulignant qu’elle était “fière” que la journée se soit terminée “sans incidents graves”.

Le ministère serbe de l’Intérieur avait interdit la marche mardi, invoquant des problèmes de sécurité, alors que des groupes d’extrême droite menaçaient d’organiser leurs propres manifestations après une série d’événements anti-Pride dans la capitale.

Les manifestants ont cependant pu marcher quelques centaines de mètres sous la pluie, entre le Conseil constitutionnel et un parc voisin, un parcours beaucoup plus court que la marche des fiertés avait initialement prévu. Le ministre de l’Intérieur, Aleksandar Vulin, a assuré que l’interdiction a été appliquée et qu’il s’agit de personnes “accompagnées à un concert”.

Le mariage homosexuel est interdit en Serbie

Une importante police anti-émeute avait été déployée autour du rassemblement et avait repoussé de petits groupes de contre-manifestants brandissant des croix et des insignes religieux, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP). Le ministère de l’Intérieur avait également interdit les contre-manifestations, mais les utilisateurs de salons de discussion d’extrême droite avaient juré de protester contre Pride.

Selon la chaîne de télévision N1, des bagarres ont éclaté entre policiers et contre-manifestants, ces derniers lançant des fumigènes sur les forces de l’ordre, dont plusieurs véhicules ont été endommagés. Des journalistes de l’AFP ont vu plusieurs contre-manifestants interpellés.

Un important dispositif policier avait été déployé le long de la marche des fiertés, initialement interdite par les autorités. A Belgrade, le 17 septembre 2022. OLIVER BUNIC / AFP Des contre-manifestants se sont rassemblés devant une église orthodoxe, lors de la marche de l’Europride, à Belgrade, le 17 septembre 2022. ANDREJ ISAKOVIC / AFP

Le mariage homosexuel n’est pas légal dans ce pays balkanique de moins de 7 millions d’habitants, où l’homophobie est profondément enracinée malgré quelques avancées contre les discriminations. « C’est bien plus que la gay pride. Nous nous battons pour l’avenir de ce pays”, a résumé Luka Mazzanti Jovicevic, un manifestant serbe.

“J’ai été à plusieurs Prides, mais celle-ci est un peu plus stressante que les autres”, a déclaré la mannequin et militante Yasmin Benoit. “Je viens du Royaume-Uni, où tout le monde est plus uni et où c’est plus commercial (…). Mais ici, c’est vraiment ce que devrait être Pride”, a-t-il ajouté, faisant référence à la lutte sociale à l’origine du mouvement.

Pressions internationales

L’interdiction de la marche avait semé la consternation parmi les ONG de défense des droits. C’est « une livraison honteuse et une consécration implicite de l’intolérance et des menaces de violence illégale », selon Graeme Reid, directeur du programme des droits LGBTQ+ à Human Rights Watch.

La Serbie fait l’objet d’intenses pressions internationales : plus de 20 ambassades, dont celles des Etats-Unis, de France, d’Allemagne et du Japon, lui avaient demandé dans un communiqué commun de revenir sur sa décision.

La Serbie est candidate à l’adhésion à l’UE depuis une décennie, mais les États membres ont exprimé des inquiétudes quant à son bilan en matière de droits de l’homme au fil des ans. Au moins quinze eurodéputés ont pris part à la Pride samedi pour montrer leur solidarité.

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Les marches des fiertés de 2001 et après 2010 avaient été ciblées par l’extrême droite et entachées de violence. Depuis 2014, Pride se déroule sans incidents notables, mais sous haute protection policière.

Le week-end dernier, des milliers de personnes, gangs de motards, prêtres orthodoxes et nationalistes d’extrême droite, sont descendus dans la rue pour exiger l’annulation du défilé.

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Le monde avec l’AFP

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