Parmi les calamités qui menaçaient de s’abattre sur ses vignes, Jean-François Ganevat craignait jusqu’alors la grêle, la sécheresse ou encore le mildiou, le champignon qui rongeait sa dernière récolte. Mais pas les grandes crises géopolitiques, qui, avant l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine en février, ont logiquement sauvé le vigneron. En effet, il est difficile d’imaginer plus loin des rumeurs du monde que son domaine de Rotalier, à mi-hauteur du Revermont, contrefort du Jura.
Pour rejoindre cette commune de 156 habitants, il faut quitter Lons-le-Saunier, avant de se perdre dans les méandres interminables entre branchages, pâturages et champs de tournesols. C’est là que nous attend le roi “Fanfan”, comme on surnomme ici Jean-François Ganevat. Considéré comme l’un des vignerons les plus doués de sa génération, figure de proue des vins naturels, cet homme de 53 ans a transformé une exploitation familiale endormie en l’une des plus reconnues au monde : plébiscitée par les connaisseurs, ses jus coulent aujourd’hui. dans soixante-trois pays.
Lire aussi Article réservé à nos abonnés Rudolf Steiner, le philosophe qui a fait germer la biodynamie
En ce jour de septembre, Jean-François Ganevat ne reste pas à sa place. En ce mois de vendanges, le vigneron a beaucoup de travail « au-dessus de sa tête », dit-il avec un accent juron bien marqué. Cette année, la récolte s’annonce abondante, mais l’avenir de la ferme de Ganevat est incertain. En septembre 2021, il le vendit à des prix exorbitants à Alexander Pumpyanski, le fils d’un oligarque russe. Stun à Landerneau. Cinq mois plus tard, des chars russes franchissent la frontière avec l’Ukraine, son ami Alexandre est mis à l’index par l’Union européenne. Ses avoirs sont gelés, laissant la compagnie sans capitaine.
Lire aussi Article réservé à nos abonnés La belle ascension des vins du Jura
Une fable de la mondialisation
L’histoire du domaine de Ganevat s’explique comme une fable de la mondialisation. Cela commencerait par la transformation d’un vin du Jura en un produit de luxe vendu à Tokyo, dans les bars de Shibuya, comme à New York, sur les tables de Brooklyn. Les Ganevat font du vin depuis le 17ème siècle. En témoignent les dossiers départementaux récupérés par le recteur.
Dans le Jura, « nous étions considérés comme des éboueurs », résume Jean-François Ganevat.
En plus de leurs quelques hectares de vignes, les parents de Jean-François, Armande et Jean, s’occupaient de cinq vaches dont le lait servait à la fabrication du Comté. Ils vendaient 10 000 bouteilles par an : les clients étaient des particuliers franc-comtois, mais aussi des comités d’entreprise, comme Peugeot, à Montbéliard. Le jus de Jean Ganevat était tannique et sans prétention. Les vignerons du Jura, l’un des plus petits vignobles de France avec moins de 2 000 hectares, étaient loin de jouir de la réputation de leurs cousins bourguignons. “Ils nous considéraient comme des charognards”, résume Jean-François Ganevat.
Il vous reste 81,73% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.