Lors de la niche parlementaire de LFI, les députés favorables à cette mesure étaient majoritaires dans l’Hémicicule, ce qui a incité les élus du camp présidentiel à jouer la montre. Rendre électrique en fin de séance.
Le vote devait être serré. Ce texte du créneau parlementaire LFI avait même de grandes chances d’être adopté. “Ça peut arriver, tout le monde le dit”, craignait un stratège macroniste en début de soirée, voyant les bancs du camp présidentiel désertés après l’annonce par Aymeric Caron du retrait de son projet de loi pour abolir les corridas.
Et le large rejet des amendements de suppression par Éric Alauzet (Renaissance) et Philippe Juvin (LR) avait donné le ton, avant 20 heures, indiquant au camp présidentiel qu’il était minoritaire sur cette question dans l’Hémicicule. “On n’est pas assez nombreux, on va rouler”, prédit un élu renaissance, inquiet de la tournure des événements.
Enfin, le projet de loi défendu par l’Insoumise Caroline Fiat visant la réinsertion des personnels des établissements de santé non vaccinés contre le Covid-19 n’a pas été approuvé. La raison ? Il n’y a pas eu de vote, faute de temps. Et ce, grâce à une obstruction parlementaire totalement improvisée par les troupes présidentielles.
La Renaissance faisait tic-tac
Il est un peu plus de 19h30. Malgré ses appels répétés aux boucles Whatsapp des députés de la majorité, Sylvain Maillard, le chef par intérim des parlementaires de la Renaissance, se rend vite compte qu’il ne pourra pas rassembler le nombre d’élus nécessaires pour obtenir une majorité. Alors le camp présidentiel décide de gagner du temps. “Il a compris qu’il n’y aurait personne, donc on va se mettre en travers”, agit, un peu plus tard, un cadre de l’alliance présidentielle.
Premièrement, présenter un grand nombre d’amendements pendant la pause de 20 heures. S’il n’en restait plus que 19 à discuter à la clôture de la session, plus de 200 devaient finalement être examinés à la reprise à 21h30. Parmi lesquels, des amendements qui proposent de modifier des mots dans l’exposé des motifs de la PPL : “dans” pour “dans”, “dans les délais” pour “épisodique”, “personnes responsables” pour “personnel responsable”, etc. Un grand classique.
Des propositions d’amendement donnant, à chaque fois, la possibilité aux élus qui leur demandent d’utiliser un temps de parole précieux pour les défendre. Cela fait gagner du temps, beaucoup de temps. Et un coup dur pour le moral des partisans de la réintégration des soignants non vaccinés suspendus, qui se voyaient déjà gagner face aux troupes présidentielles en sous-effectif.
Les autres camps se lèvent
Il n’en fallait pas plus pour que les débats dégénèrent. A partir de 22 heures, les suspensions de séance se succèdent, au rythme des altercations entre parlementaires. Les députés LFI se lèvent, dénoncent une “entrave insupportable”.
“Un spectacle déconcertant et grave pour la démocratie”, fustige le chef des députés LR, Olivier Marleix, raillant la “panique” du camp Macron. Avant de s’en prendre “aux ministres” qui ont également présenté un amendement d’urgence : “C’est dommage”, dit-il. Un avis partagé un peu plus tard par la porte-parole du texte, Caroline Fiat, dans une grande diatribe : « Que le gouvernement fasse le jeu de l’obstruction est inadmissible. C’est l’Assemblée nationale, ce sont les députés qui font la loi”.
“Tu vas te taire”
Car alors que les suspensions de séances et les rappels au règlement défilent à vive allure, les minutes passent. Et pendant les créneaux parlementaires, la discussion s’arrête à minuit pile, pas une minute environ. L’obstruction parlementaire y est courante.
Peu avant 23 heures, le député du LIOT Olivier Serva a été interrompu à plusieurs reprises lors de son allocution, finissant par dire à un député : “Tais-toi”. Nouvelle suspension effectuée par la présidente de séance, Naïma Moutchou, qui gronde le coupable. Minuit approche et les rappels au règlement se multiplient, prolongeant un peu plus les échanges sans que les amendements puissent être examinés.
Provocations répétées
Jusqu’à l’incident de la nouvelle rencontre. Le député Renaissance Denis Masseglia demande que la conférence des présidents se penche sur les incidents de la soirée, en particulier l’un d’eux qui le concerne directement. “Dans un moment de tension, une députée LFI s’est levée de son banc, est venue vers moi en colère, s’est penchée et a dit ‘Sortez’ en pointant son doigt vers ma chère”, explique-t-il au Figaro. “Je ne sais pas si c’était pour se disputer ou plus, mais elle était extrêmement agressive, alors j’ai refusé. Cette violence est inacceptable”, a-t-il ajouté.
Une fois de plus, la séance est suspendue… Puis de nouveau, quelques minutes plus tard. Après le vote à une large majorité du projet de loi pour constitutionnaliser l’avortement en milieu d’après-midi, LFI n’aura donc pas réussi à réitérer un succès similaire dans ce texte. Il n’est même pas encore minuit – 23h56 pour être précis – et la séance est clôturée par Naïma Moutchou, qui n’arrive plus à calmer le jeu. Le créneau de LFI est terminé. Mais un peu plus tôt, Caroline Fiat prévenait : “Quand un message s’arrête à minuit, ça dit ‘suspendu’. Nous ne vous laisserons pas partir.”
VOIR AUSSI – Réinsertion des soignants non vaccinés : “Un texte complotiste et anti-vax”, selon Sylvain Maillard