AFP, publié le vendredi 28 octobre 2022 à 13h50
L’activité économique tient bon, mais attention à la remontée de l’inflation : la croissance française a nettement ralenti au troisième trimestre, le PIB ne progressant que de 0,2 % après une hausse de 0,5 % au printemps, selon les données présentées vendredi par l’INSEE.
En ligne avec les prévisions de l’Institut national de la statistique et légèrement inférieures à celles de la Banque de France (+0,25%), la croissance a bénéficié d’une légère hausse des services (+0,5%), mais en retrait par rapport au printemps (+1%). ).
“Puisqu’il s’agit principalement de réduire le retard de production, il est difficile de qualifier l’évolution économique du troisième trimestre de très solide”, juge Charlotte de Montpellier, économiste chez ING.
“La croissance française résiste, dans un environnement international dégradé. Ce résultat confirme nos perspectives de croissance pour 2022”, s’est félicité le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, dans un communiqué transmis par ses services, célébrant la hausse des investissements et du maintien des entreprises. de la consommation des ménages “malgré l’inflation”.
Les trois derniers mois de l’année devraient être plus difficiles, avec une croissance nulle prévue au 4e trimestre par l’Insee, qui table sur un taux de 2,6 % pour l’ensemble de 2022 (0,1 point en dessous de l’estimation gouvernementale).
L’inflation, qui a fortement rebondi à 6,2% en glissement annuel en octobre après le ralentissement d’août et de septembre, a déjà commencé à resserrer le porte-monnaie des Français.
Le troisième trimestre “est le dernier coup avant d’entrer en récession”, a déclaré Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade.
Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau l’a nuancé en affirmant que la fourchette de croissance française prévue par l’entité pour 2023 (-0,5 à +0,8%) ne voulait pas être révisée, “a fortiori après +0,2% “. au troisième trimestre.
– Fin de l’euphorie –
Avec des prix qui s’apprécient à une vitesse jamais vue depuis le milieu des années 1980, les ménages français « ressentent à peine la baisse de leur pouvoir d’achat », constate Maxime Darmet.
Les données du troisième trimestre ne sont pas encore disponibles mais l’INSEE a déjà enregistré une baisse du pouvoir d’achat au premier semestre.
Ce qui pousse les ménages à épargner : l’Insee prévoit une hausse du taux d’épargne en fin d’année (17 % contre 15,5 % au premier semestre).
Les dépenses de consommation des ménages en hébergement et restauration ont déjà commencé à baisser cet été, passant de 12,7 % au 2e trimestre à seulement 0,6 % sur la période de juillet à septembre.
Les deux secteurs bénéficiaient pourtant traditionnellement de l’afflux de touristes en plein été et avaient profité de dépenses exceptionnelles au printemps après deux ans de pandémie.
“L’euphorie post-Covid est terminée en termes de dépenses de services”, commente M. Darmet
“Pendant l’été, nous avons remarqué que les choses n’allaient pas mieux et que les prix du gaz et de l’électricité” continuaient d’augmenter, ce qui aurait pu inciter les Français à modérer leur consommation, a-t-il ajouté.
L’ensemble des biens et services, la consommation des ménages, moteur habituel de l’économie française, a donc stagné au troisième trimestre (0,0 % après +0,3 %).
Dans le détail, la consommation énergétique reste bien orientée (+0,6%) contrairement à la consommation alimentaire, en baisse de 1,6% sur le trimestre, la poursuite de la hausse des prix alimentaires obligeant les consommateurs à se serrer la ceinture.
Du côté des entreprises, en revanche, l’investissement reste encourageant et est même en hausse depuis le printemps.
“Ce n’est pas surprenant dans la mesure où les entreprises anticipent des temps plus difficiles au quatrième trimestre et profitent donc de conditions de financement favorables” face à un resserrement, décrypte M. Darmet
“La contribution du commerce extérieur est négative ce trimestre (-0,5 point, après +0,0 point les deux trimestres précédents)”, ajoute l’Insee, en raison d’une croissance des exportations plus faible (+0,7%) que des importations (+2,2%) .
La baisse des exportations est particulièrement marquée dans les services (-0,4 % après 3,3 % au printemps).