Le programme de recherche européen Medit-Aging s’est concentré sur les bénéfices physiologiques, cognitifs et émotionnels potentiels de la méditation chez les personnes âgées. Les résultats de l’essai clinique Age-Well, à paraître dans JAMA Neurology, ne montrent pas de bénéfices significatifs de la méditation sur le volume et le fonctionnement des structures cérébrales étudiées, mais montrent un impact positif sur les capacités de régulation attentionnelle et socio-émotionnelle.
iAfin de prévenir l’apparition de la démence chez les personnes âgées, les stratégies d’intervention récentes sont multidisciplinaires et visent à améliorer le mode de vie des personnes âgées. Ils comprennent la stimulation cognitive, l’activité physique, une alimentation saine et des recommandations cardiovasculaires. Cependant, les facteurs psycho-affectifs tels que la dépression, le stress ou l’anxiété ne font pas l’objet d’interventions préventives dédiées.
L’entraînement mental ciblant le stress et la régulation de l’attention, comme la méditation pleine conscience, s’est avéré bénéfique dans la gestion des aspects cognitifs et émotionnels du vieillissement, en particulier dans la réduction du stress, de l’anxiété et de la dépression.
Santé cérébrale et méditation
Des travaux récents ont rapporté que l’insula et le cortex cingulaire antérieur sont des régions cérébrales particulièrement sensibles à l’entraînement à la méditation. Ces régions cérébrales interconnectées sont particulièrement impliquées dans la conscience de soi, ainsi que dans le traitement et la régulation de l’attention, des émotions et de l’empathie. Chez les jeunes adultes, la méditation a déjà démontré sa capacité à modifier structurellement (en volume par exemple) et fonctionnellement ces structures, notamment chez les méditants experts qui ont plusieurs milliers d’heures de pratique.
L’insula et le cortex cingulaire antérieur sont particulièrement sensibles au vieillissement. Il a été démontré que, chez les personnes âgées expertes dans la pratique de la méditation, le volume de matière grise ainsi que le métabolisme du glucose (processus physiologique essentiel au bon fonctionnement du cerveau) étaient plus importants que chez les personnes pratiquant pas le pratiquer. méditation méditation
Dès lors, la méditation pourrait être une approche intéressante pour préserver les structures et les fonctions cérébrales ainsi que les capacités cognitives et, par extension, pour prévenir la démence.
Le protocole Age-Well
L’étude a été menée par une équipe de chercheurs du groupe de recherche européen Medit-Ageing, dirigée par le directeur de recherche Inserm, Gaël Chételat, du Laboratoire d’imagerie de la physiopathologie et des maladies neurologiques (Inserm/Université de Caen Normandie), en collaboration avec équipes de Neurosciences à Lyon. Centre de recherche (INSERM/CNRS/Université Claude Bernard Lyon 1/Université Jean-Monnet-Saint-Étienne), University College London, Université de Liège et Université de Genève.
Dans le cadre de l’essai clinique Age-Well avec 136 participants âgés de 65 ans et plus sans pathologie connue, les chercheurs ont mesuré l’impact d’une intervention de méditation de 18 mois sur le volume et la perfusion des tissus (un processus physiologique qui fournit à un organe les nutriments et l’oxygène nécessaires pour son métabolisme) de l’insula et du cortex cingulaire antérieur. Ils se sont également intéressés à certains paramètres cognitifs et socio-affectifs.
Trois groupes de participants ont été constitués afin de comparer le bénéfice potentiel de la méditation par rapport à différents types d’interventions. Le premier groupe a suivi le protocole lié à l’intervention de méditation (méditation pleine conscience et méditation “amour et compassion”), le deuxième groupe qui constitue un groupe “contrôle actif” a suivi une période d’apprentissage de l’anglais et le troisième groupe constitue un “contrôle passif”. groupe n’a suivi aucune intervention.
Aucune modification anatomique
À la fin de l’intervention de 18 mois, les chercheurs n’ont observé aucune différence significative de volume ou de perfusion du cortex cingulaire ou de l’insula dans le groupe de méditation par rapport aux groupes témoins.
“Le fait qu’aucune différence anatomique n’ait été observée entre ces deux groupes peut indiquer que si la méditation peut modifier le volume des cerveaux plus jeunes et plus plastiques, 18 mois d’entraînement à la méditation ne suffisent pas à modifier les effets du vieillissement, analyse Gaël Chételat. En outre, si les résultats de la mesure du volume sont strictement négatifs, ceux de la perfusion montrent une tendance en faveur de la méditation qu’il pourrait être intéressant d’explorer lors d’un temps d’intervention plus long et/ou auprès d’un échantillon de population plus important », précise le chercheur.
Par conséquent, l’équipe de recherche a établi un suivi de 4 ans des participants à cet essai, afin d’analyser les éventuels effets à long terme.
… mais des effets sur le bien-être, l’attention et la régulation des émotions
À l’inverse, des différences significatives dans les mesures comportementales ont été observées entre le groupe de méditation et le groupe d’apprentissage de l’anglais, avec une meilleure régulation de l’attention et des capacités socio-émotionnelles chez les participants du groupe de méditation.
“La pratique de la méditation montre ici son réel bénéfice sur la santé mentale des personnes âgées, avec une amélioration significative des paramètres de bien-être et de développement, mais aussi dans le maintien des capacités attentionnelles et socio-émotionnelles rapportées par les participants” , ajoute-t-il Antoine Lutz, responsable de l’axe Méditation de l’étude.
Par conséquent, ces résultats appellent des recherches plus approfondies sur l’ensemble du cerveau, sur de plus longues périodes de temps et avec plus de participants.
Des mesures et des analyses plus spécifiques seront effectuées dans le cadre de l’essai Age-Well pour améliorer la compréhension de ces mécanismes. Ils pourraient permettre de déterminer les mesures les plus sensibles à la pratique de la méditation et d’étudier les mécanismes de ses effets.
Article à paraître dans le JAMA : Effets d’un entraînement à la méditation de 18 mois sur le volume cérébral régional et la perfusion chez les personnes âgées : l’essai contrôlé randomisé, en simple aveugle, Age-Well du projet européen Medit-Ageing
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